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Musée de Vernon

Ouvert au public en 1983, le musée de Vernon a été installé dans l’ancien hôtel particulier de la famille Le Moine de Bellisle (XVe – XVIIIe siècles) près de la Seine.

Le musée vous propose un parcours riche et varié. Autour de l’impressionnisme, les collections présentées constituent une étape indispensable de la visite de Giverny, avec ses tableaux de Claude Monet et des artistes qui y vécurent (T-E.Butler, M. Mac Monnies, Bl. Hoschedé-Monet…). Des tableaux de P. Bonnard -qui fut, à Vernon, le voisin de Monet entre 1912 et 1938 – et des Nabis (Vuillard, Denis, Vallotton) enrichissent la section consacrée aux paysages de la région.

Une section consacrée à l’art animalier (Bugatti, Pompon, Jouve…), une salle d’histoire locale (maquette du vieux château) et un original cabinet de dessins, présentant par roulement le fonds d’arts graphiques (sur des thèmes variés : T-A. Steinlen, la caricature, le portrait, la guerre, l’enfance…) complètent la visite.


Édouard Vuillard et Ker-Xavier Roussel : portraits de famille

Du 5 juillet au 3 novembre 2019

Lexposition Portraits de famille nous introduit dans l’intimité d’Édouard Vuillard et de Ker- Xavier Roussel, en suivant trois générations sur plus de quarante années.

Édouard Vuillard étudie au lycée Condorcet où il rencontre, en 1882, François-Xavier Roussel surnommé Ker Roussel. Ensemble, ils s’inscriront à l’École des Beaux-Arts et Ker Roussel épousera Marie, la sœur de Vuillard, en 1893. De cette union naîtront deux enfants, Annette et Jacques.

On mesure dans cette exposition le passage du temps, la transformation des enfants en adultes, les barbes qui blanchissent et les traits qui s’affirment, le mimétisme croissant entre Marie et Madame Vuillard.

Tous n’ont pas laissé la même postérité dans ces tableaux de famille : si on n’aperçoit qu’incidemment Alexandre Vuillard, Jacques Roussel ou Madame Roussel-mère dans les représentations des deux peintres, c’est sans commune mesure avec la place qu’ils occupent réellement dans la vie quotidienne.

« Portraits de famille » permet de partager la tendresse, les complicités, mais aussi les tensions en creux ou la mélancolie. Elle permet aussi de saisir Roussel et Vuillard dans leur durée, c’est-à-dire le temps subjectif que les deux peintres se sont forgés, loin des chronologies de l’histoire de l’art.

Cette exposition est en lien avec la rétrospective que le Musée des Impressionnismes de Giverny consacre dans le même temps à Ker-Xavier Roussel. Portraits de famille montre les coulisses de l’intimité familiale de cet artiste par ailleurs consacré par la critique de son temps comme un des meilleurs décorateurs du tournant du siècle.

Horaires

16 mars  – 15 novembre : ouvert tous les jours de 10h à 18h.

16 novembre – 15 mars : ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 12h30 et de 14h à 17h.

Tarifs

Plein tarif : 4,85 euros

Tarif Réduit : 3 euros

Bénéficiaires du tarif réduit :

  • Groupe à partir de 10 personnes
  • Habitants de la seine Normandie agglomération
  • Personnes handicapées

Gratuité sur justificatif :

Liste des bénéficiaires de la Gratuité :

  • tous les visiteurs le premier dimanche de chaque mois
  • Les Vernonnais
  • Les Jeunes et étudiants de moins de 26 ans
  • Les Etudiants en histoire de l’art
  • Les Membres de L’ICOM
  • Les Demandeurs d’emplois et Bénéficiaire des minimas sociaux

Billet-couplé Musée de Vernon/Musée des Impressionnismes de Giverny

tarif : 12 euros

Groupes (sur réservation) :

Droit d’entrée pour les groupes adultes (par pers., mini 10 pers.) : 3.00€
Forfait visite guidée : 75.00€
droit de réservation :  7.00€
Plan Vigipirate : valises et sacs de gros volume interdits

Animations pour les scolaires

Tout au long de l’année, le musée de Vernon accueille les professeurs et leurs élèves, de la maternelle au lycée, pour présenter ses collections permanentes ainsi que les expositions temporaires.  Le service des publics organise une série d’activités conçues spécifiquement pour chacun des cycles scolaire : visites, visites thématiques, visites-ateliers… et se tient également à votre disposition pour élaborer un projet spécifique.

Vous trouverez le détail du programme et des activités organisées dans les documents ci-dessous.

Musée de Vernon – 12, rue du Pont – 27200 Vernon
02 32 21 28 09
Contacter par mail

1914-1918 : la force des images [Archives]

1914-1918 : la force des images

9 novembre 2018 – 10 février 2019

Affiche 14-18

Téléchargez l’album de l’exposition

Dans le cadre des commémorations du centenaire de l’Armistice du 11-Novembre-1918 initiées par la ville de Vernon, le musée met en exergue le rôle primordial des images à l’aube du 20ème siècle. Face aux affiches de propagande, les artistes livrent leur propre perception du conflit, tant à l’arrière que sur le front, depuis le fort élan patriotique des débuts, jusqu’à la guerre d’usure et à la dure réalité des tranchées.

Soixante-dix millions de combattants, près de dix millions de morts et quarante millions de blessés. La Première Guerre mondiale n’a épargné personne, pas même les populations civiles qui ont été particulièrement éprouvées. Les exodes massifs de population, les destructions des bombardements, les privations : les conditions de vie à l’arrière étaient également difficiles. Dès l’automne 1914, l’espoir d’une victoire rapide s’amenuise. L’arrivée des populations déplacées par la violence des conflits met les Parisiens au contact d’une réalité difficile.

La propagande au service de l’effort de guerre

Musée de Vernon

La nécessité de maintenir le moral des Français, mais aussi d’obtenir de leur part des efforts toujours plus soutenus explique en partie le développement exponentiel des affiches durant le conflit. Dans un pays où l’accès à la radio n’était que peu répandu et où les journaux étaient réservés à ceux qui savaient lire, l’affiche illustrée constitue le moyen le plus efficace et le moins coûteux pour toucher le plus grand nombre. Elle est utilisée pour mobiliser les populations aux causes nationales, en mettant en exergue le sentiment patriotique : souscriptions ; appel en faveur des blessés, des orphelins de guerre et des réfugiés ; soutien à l’effort national. Rapidement, la guerre des images entre en conflit avec les images réelles de la guerre.

Ces images de propagande ont souvent été appelées « bourrage de crâne » par les soldats français. Niant les conditions effroyables de vie des combattants sur le front, elles offrent une image héroïsée des soldats, qui acceptent mal de voir leurs souffrances ainsi niées.

Visions d’artistes

Rapidement, des témoignages parallèles du conflit apparaissent. Ils proviennent en premier lieu des écrits et des récits des soldats eux-mêmes. Autorisés à rentrer en permission à partir de 1915, ils peuvent relater directement les horreurs quotidiennes qu’ils subissent. Des récits, dont celui très célèbre d’Henri Barbusse, Le Feu, prix Goncourt en 1916, permettent aux civils de découvrir les épreuves endurées par les soldats.

Peintres et dessinateurs, comptent parmi les observateurs privilégiés de ce conflit. Les œuvres rapportées par les artistes, qu’ils soient mobilisés, envoyés par le Ministère de la Guerre ou par celui des Beaux-Arts, attestent, par le biais de sensibilités très diverses, de la sidération devant les destructions, de la violence des combats et de la souffrance des hommes.

55 œuvres rassemblées

Ces précieux témoignages, qui ont traversé le siècle, permettent de ne pas oublier ces souffrances. Le musée participe pleinement au devoir de mémoire en rendant hommage aux sacrifices de ces hommes et de leurs familles. Il offre aux jeunes générations un regard singulier sur cette terrible période de l’Histoire. L’exposition est labellisée par la Mission Centenaire 14-18.

Le musée a pu s’appuyer en premier lieu sur deux importants fonds dont il dispose grâce à des donations, enrichies par la suite, d’œuvres de Théophile-Alexandre Steinlen d’une part et de Robert Noir d’autre part.

Des œuvres de Maximilien Luce, de Félix Vallotton, de Maurice Denis, de Joseph-Félix Bouchor ou encore d’André Devambez viennent compléter son propos, grâce à des prêts émanant de collections particulières et d’une dizaine de musées, parmi lesquels : le musée d’Orsay, le musée de la Chartreuse à Douai, le musée franco-américain du château de Blérancourt, le musée de Morlaix, le musée de l’Oise, le musée des impressionnismes Giverny…

Parcours de l’exposition

La visite de l’exposition s’articule autour des étapes suivantes :

  • L’entrée en guerre et le début du conflit

Alors que la mobilisation générale est placardée sur les murs de toutes les villes de France, les soldats croient en une guerre courte et triomphale. Très rapidement, leurs espoirs, tout comme ceux des populations civiles, sont déçus.

Dès le mois d’août, des milliers de civils provenant de Belgique et du Nord de la France, fuient devant les atrocités des exactions allemandes. Les premiers contacts des civils avec la guerre n’ont pas manqué d’inspirer les artistes. Ces images contrastent avec les affiches qui se multiplient sur les murs, appelant à l’effort de guerre, et montrant des soldats héroïques.

  • Les permissionnaires

Devant l’allongement du conflit, les autorités militaires se voient obligées de permettre aux soldats mobilisés de rentrer chez eux. Les permissionnaires font entrer le monde du conflit à l’arrière : par leurs récits, leur fatigue et leurs blessures, l’horreur de combats ne peut être cachée aux civils. Les gares, lieux privilégiés de ces mouvements de troupes, ont tout particulièrement permis à des artistes comme Luce et Steinlen de saisir la souffrance de ces hommes et de leurs familles.

  • Paysages dévastés

Jamais un conflit n’a donné lieu à autant de représentations. Pour autant, la Première Guerre mondiale voit les codes de la peinture d’histoire militaire traditionnelle bousculés. Plus de grande charge héroïque, plus d’uniformes éclatants.

Cette guerre, souvent qualifiée de « guerre de l’invisible » par les artistes, se caractérise par l’indicible horreur des affrontements. Qu’ils soient missionnés par le Ministère des Armées ou par celui des Beaux-Arts, de nombreux artistes sont envoyés sur le front pour documenter et rendre compte de ce conflit. Les paysages dévastés, les scènes de combat, les conditions de vie des soldats les ont tout particulièrement frappés.

  • Les poilus

Figure emblématique de la Première Guerre mondiale, le poilu a été au centre de toutes les représentations de la guerre. Héroïsé dans les affiches officielles et les journaux, son sacrifice à la nation était l’objet de toutes les glorifications auprès de la population, et notamment des enfants. Toutes ces images, largement diffusées, nient conditions effroyables de vie des combattants sur le front. Les soldats acceptent mal de voir leurs souffrances ainsi minimisées. Certains artistes, au premier rang desquels Maximilien Luce et Théophile-Alexandre Steinlen, parviennent à saisir l’immense souffrance physique et morale des combattants, ainsi que l’horreur de leur vie dans les tranchées.

  • La fin du conflit et la commémoration

La signature de l’Armistice le 11 novembre 1918 est la conséquence des négociations entamées le 7 novembre à Rethondes, en forêt de Compiègne entre les Alliés et les Allemands. L’Allemagne cesse les combats le 11 novembre à 11 heures. L’armistice n’est qu’une première étape vers la paix. Une conférence de la paix débute le 18 janvier 1919 et s’achève le 28 juin. Elle aboutit à la signature du traité de Versailles. Elle donnera lieu de vifs débats entre vainqueurs : entre les tenants de la paix des nations et de la paix de conciliation prônées par Wilson d’une part, et les tenants de la paix de vengeance demandée par Clemenceau d’autre part.

Les conditions de la paix vont faire naître chez les Allemands un sentiment de revanche qui aura de dramatiques conséquences.  Selon la formule célèbre de l’historien Jean-Baptiste Duroselle, Clemenceau « a gagné la guerre mais il a perdu la paix ».

Autour de l’exposition…

 

Un livret-jeux (gratuit) rend la visite de l’exposition accessible et ludique pour le jeune public.

Cabinet d’arts graphiques : à partir du 24 novembre.
Exposition de photographies de la Première Guerre mondiale (collection particulière).

Salle d’archéologie : à partir 30 novembre
Exposition consacrée à la mémoire locale, et aux fruits de la Grande collecte réalisée par les Archives municipales de Vernon dans le cadre l’opération nationale lancée en 2014.
Voyage dans le temps en 3 D : à l’aide de l’Occulus (casque de réalité virtuelle), l’Agence de Tourisme Temporel Vernonnaise vous transporte quai Penthièvre, en novembre 1918.

Visites guidées gratuites de l’exposition : les 2 décembre, 6 janvier et 3 février.
Dans le cadre des Rendez-vous du dimanche, à 16 heures. Gratuit.

Atelier « Artistes en herbe » : Dimanche 9 décembre 2018 à 14 h 30.
Après une brève présentation de l’exposition, fabrication des poupées en laine Nénette et Rintintin, créées par Francisque Poulbot en 1913, devenues porte-bonheur des soldats pendant la Grande Guerre. Pour les 6-12 ans. (durée : deux heures)
Réservations au 02 32 21 28 09 – Tarif : 8 euros

Spectacle : dimanche 27 janvier à 16 heures
« Les chansons de la Grande Guerre » par Chorus Semper Viret.

Ce concert n’a pas vocation à retracer précisément la guerre, mais plutôt à suggérer une ambiance générale. Le choix de donner la parole aux femmes s’est imposé non seulement parce qu’un chœur mixte comprend une majorité de femmes, mais aussi parce que celles-ci ont aussi joué un rôle essentiel dans le conflit, sans avoir nécessairement été reconnues. Surtout, ce spectacle offre un point de vue décalé vers l’arrière du front qui permet d’embrasser le panorama de la France en guerre. « Plaisir d’amour », « Sous les ponts de Paris », « La Madelon », « La Marseillaise de la victoire »… sont autant de chants inscrits dans la mémoire collective, que le public redécouvrira avec plaisir.
Spectacle gratuit.

Conférences :

  • La Marseillaise pendant la Première Guerre mondiale, par Frédéric Frank, directeur du mdig.
    Samedi 1 décembre à 15 heures.
  • Les Monuments aux morts, par Claire Garcia, docteur en histoire de l’Art.
    Samedi 19 janvier à 15 heures.

Lucie Cousturier, artiste néo-impressionniste [Archives]

Exposition présentée du 16 juin au 14 octobre au Musée de Vernon

Tout à la fois critique d’art au regard affuté, peintre néo-impressionniste au talent reconnu, écrivain, engagée pour la connaissance et l’émancipation du peuple Noir, Lucie Cousturier présente, au début du XXème siècle, une personnalité hors du commun. Ses amis artistes Paul Signac et Maximilien Luce ne tarissent pas d’éloges à son endroit, tout comme le critique d’art Félix Fénéon.

Mais quand on est femme dans les années 1900, le talent, aussi incontestable soit-il, ne suffit pas à sortir de l’ombre et l’artiste aux multiples talents est aujourd’hui totalement oubliée du grand public.

Tout naturellement, le musée de Vernon a choisi de rendre hommage à cette artiste-femme, en présentant, du 16 juin au 14 octobre, la première exposition monographique jamais consacrée à Lucie Cousturier. Il poursuit ainsi la démarche, engagée depuis quelques années, de valorisation des femmes artistes (Portraits de femmes, Rosa Bonheur, Blanche Hoschedé-Monet…). Cette exposition fait également écho à l’exposition Henri-Edmond Cross, peindre le bonheur, présentée du 27 juillet au 4 novembre par le musée des impressionnismes – Giverny, dont le musée de Vernon est partenaire. Henri-Edmond Cross, Lucie Cousturier, Paul Signac, Théo van Rysselbergue ou encore Maximilien Luce appartiennent en effet tous au même mouvement néo-impressionniste et se fréquentent ou correspondent régulièrement, de même qu’ils participent aux mêmes expositions.

Lucie Cousturier Près de 70 œuvres permettent de découvrir la personnalité et l’art de Lucie Cousturier, depuis ses études sur des autoportraits ou des natures mortes, jusqu’à l’aquarelle, qu’elle privilégiera sur la fin de sa carrière. Lors de la Première Guerre mondiale en effet, alors qu’elle habite Fréjus sur la Côte d’Azur, un camp de tirailleurs sénégalais est installé près de sa villa. Fascinée par ces étrangers, elle consacrera désormais une grande partie de son temps à leur apprendre le français et se tournera alors vers l’aquarelle, plus spontanée que la peinture à l’huile, et vers l’écriture. En 1920, elle publie un premier récit, Des inconnus chez moi, Et, juste après la guerre, part à la rencontre de ses nouveaux amis en Afrique occidentale française (AOF) et en rapporte deux nouveaux récits, Mes inconnus chez eux, tomes 1 et 2, de nombreuses aquarelles des paysages et personnages rencontrés là-bas et la volonté farouche d’accompagner le peuple Noir sur la route de l’émancipation.

Le commissariat scientifique de l’exposition est attribué à Adèle de Lanfranchi, spécialiste de l’œuvre de l’artiste et auteure de Lucie Couturier, 1875-1925 (Paris, 2008).

Si quelques une des peintures présentées proviennent de collections publiques (musée d’Orsay, musée de l’Annonciade à Saint-Tropez, musée de Grenoble), une grande majorité est conservée dans des collections privées et certaines œuvres n’ont jamais été exposées auparavant.

« L’œuvre, si originale et si séduisante, de Madame Lucie Cousturier nous apparaît comme un grave et joyeux poème lyrique, passionnément, scrupuleusement écrit d’après la vérité.  »

Georges Lecomte, critique d’art, 1907

L’artiste

On en sait peu sur les jeunes années de Lucie Brû. Ses parents, Léon Casimir Brû (1837-1918) et Apolline Manette Comyn (1837-1911) sont à la tête d’une importante manufacture parisienne de poupées alors célèbre, créée en 1867. Les Brû ont fabriqué les premières poupées de caoutchouc et ont acquis une renommée importante. Grâce à son journal ainsi qu’à la correspondance qu’elle adresse à son père, on sait qu’elle s’intéresse à la musique puis à la peinture à l’âge de 14 ans.

Dans une lettre adressée à son père en novembre 1895, elle explique qu’une certaine Madame Oulé lui donne des cours de dessin et qu’elles vont, toutes les deux, rendre visite à Henri Marre artiste peintre ami d’Henri Martin. Exigeante, elle considère que ses premières tentatives ne sont pas concluantes : « Et moi, tenterai-je à nouveau quelques essais dans la peinture ? Je ne crois pas. Je voudrais tour à tour acquérir les différentes choses qui excitent l’admiration. Je m’irrite de n’y point parvenir. C’est bien là l’ambition mais si je la pense satisfaire en quelque façon elle ne me plaît plus, je la méprise et je souris de moi. » D’une nature à la fois ambitieuse, exigeante et terriblement peu sûre d’elle, Lucie Brû semble douter de façon permanente de ses facultés artistiques.

La personnalité artistique qui a le plus influencé la jeune femme dans sa carrière artistique est assurément Paul Signac. Les circonstances et la date précise de leur rencontre sont inconnues.

Lucie Cousturier Elle a vraisemblablement lieu durant l’année 1897, alors que Lucie est âgée de 21 ans. Elle fréquente l’atelier parisien que Signac occupe à partir de novembre 1897, situé à Paris, rue La Fontaine. A cette date, Paul Signac tient une place de premier ordre au sein du mouvement néo-impressionniste dont il est devenu le chef de file après la mort prématurée de Georges Seurat en 1891.

Peut-être plus encore que Paul Signac, la personne qui lui fait rencontrer peintres, critiques d’art et écrivains et l’a introduite dans la vie artistique du Paris de 1900 est son futur mari Edmond Cousturier.

Du 19 mars au 5 avril 1900, Lucie Brû organise avec Félix Fénéon la première rétrospective consacrée à Georges Seurat, dans les locaux de la Revue Blanche, 23 Boulevard des Italiens, à Paris. Elle réunit cinquante-deux peintures, quarante-cinq dessins. A cette occasion, Léon Casimir Brû achète le chef d’œuvre de Seurat : Un Dimanche à la Grande Jatte (aujourd’hui conservé à l’Art Institute de Chicago) et l’offre à sa fille et à son gendre à l’occasion de leur mariage.

Celui-ci a lieu le 15 mai 1900 en l’église de la Sainte-Trinité dans le neuvième arrondissement de Paris. De l’union de Lucie et Edmond Cousturier naît leur fils unique François, le 6 janvier 1901 à Paris.

De 1901 à 1921, Lucie Cousturier participe chaque année à l’exposition du Salon de la Société des Artistes indépendants. Créé en 1884 en réaction au Salon officiel par les artistes de l’avant-garde qui n’y étaient pas acceptés, ce salon était alors un des rares lieux d’exposition publique des œuvres des tenants du néo-impressionnisme.

Lucie Cousturier y expose aux côtés de ses amis peintres Paul Signac, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross, Charles Angrand, et Théo van Rysselberghe. Cette participation au Salon des Artistes Indépendants marque son entrée officielle dans la vie artistique où les femmes sont très minoritaires.

En 1901, pour sa première participation, elle envoie donc huit toiles, dont une appartient à Félix Fénéon (n° 215 Paysage à Saint-Tropez). Le titre des œuvres qu’elle envoie nous indique ses thèmes de prédilection, que nous retrouvons dans le parcours de cette exposition : « Promenade au boisCoin de jardinBois de BoulogneNature morteIntérieurFleurs des champsTulipesChrysanthèmesMatin en ProvenceVue de Canebiers … ». Entre 1900 et 1921, ses lieux de vie constituent ses motifs principaux : Paris, Saint-Tropez et la Provence, où le couple Cousturier acquiert une maison en 1912. A Paris, elle aime peindre le Bois de Boulogne, les scènes de parc, des vues des toits. En Provence, elle privilégie des vues de campagne aux marines. Lucie Cousturier aime également à peindre des natures mortes, genre dans lequel elle excelle particulièrement : l’arrangement décoratif des fleurs et des fruits, l’harmonie colorée qui en découlent servent parfaitement son style ample et sa palette vive.

Très appréciée du milieu artistique belge (en particulier du peintre Théo van Rysselberghe et du poète Emile Verhaeren), elle participe au début de l’année 1906, à la demande d’Octave Maus, au Salon de la Libre Esthétique de Bruxelles. Cette même année, elle expose également à la Sécession Berlinoise.

A la fin de l’année 1906, Lucie Cousturier prépare sa première exposition personnelle. Elle est organisée par Eugène Druet, qui a ouvert sa galerie en novembre 1903 dans l’annexe de son atelier de photographie d’art, au 114 du faubourg Saint-Honoré, à Paris. L’exposition se tient du 16 au 31 janvier 1907, elle rassemble 39 peintures et 32 dessins, elle est bien reçue par la critique parisienne.

Lucie Couturier maîtrise pleinement la théorie de la peinture néo-impressionniste : son ouvrage consacré à Seurat, paru en 1922 témoigne de son intime connaissance de cette peinture exigeante. Néanmoins, elle s’éloigne de la stricte application de la peinture divisionniste et choisit d’appliquer la couleur pure sur sa toile en de larges touches carrées, dans un style qui lui est propre.

A partir de 1915, Lucie Cousturier délaisse peu à peu la peinture pour se consacrer à l’aquarelle, mais surtout à l’écriture. Ses articles sur les artistes (Georges Seurat, Paul Signac, Henri-Edmond Cross, Ker-Xavier Roussel, Maurice Denis) constituent des témoignages de première main d’une grande sensibilité et d’une remarquable intelligence.

Au cours de l’année 1923, la santé de Lucie Cousturier se dégrade rapidement. Elle se consacre alors principalement à l’écriture. Elle décède dans la nuit du 15 au 16 juin 1925, à l’âge de 49 ans.

C’est à partir de 1943, date du décès d’Edmond Cousturier, que la peinture de Lucie Cousturier a été de moins en moins exposée. L’exposition organisée par le musée de Vernon permet de remettre en lumière sa peinture qui était tombée dans l’oubli.

« Les belles couleurs engagent à vivre, comme les parfums,
comme les paroles fières ou généreuses des amis »

Lucie Couturier, 1898

Lucie Cousturier

L’exposition

C’est parce que sa carrière de peintre fut courte et qu’elle ne datait que rarement ses œuvres que le musée de Vernon a choisi de présenter Lucie Cousturier au travers des ses sujets de prédilection plutôt que dans un parcours chronologique plus classique.

Des portraits d’elles réalisés par ses amis Théo van Rysselberghe et Maximilien Luce, ainsi que ses autoportraits permettent d’abord d’entrer dans l’intimité de la jeune femme. Ces premières peintures, et les études correspondantes, montrent également combien elle travaillait de façon académique, recourant à l’autoportrait comme si elle était son propre sujet d’expérimentation.

Elève de Paul Signac, auteure notamment d’un ouvrage consacré à Georges Seurat en 1922, la jeune peintre connaît parfaitement les principes du divisionnisme et en maîtrise la technique. Cependant, elle le trouve trop contraignant et choisit de s’en libérer. Elle conserve la juxtaposition des couleurs pures, mais utilise une brosse qui produit des formes carrées, s’éloignant des touches habituelles du néo-impressionnisme.

Le parcours de l’exposition se poursuit avec la section consacrée aux natures mortes, un sujet que Lucie Cousturier affectionne particulièrement et qui met bien en valeur son style ample et sa palette vive. Cette section est sans celle qui permet le plus de comprendre la démarche de l’artiste.

D’une façon générale, Lucie Couturier choisit ses sujets dans son entourage immédiat. C’est ainsi que les portraits qu’elle réalise sont ceux de son fils ou de femmes de son milieu. Une fois encore, ses carnets de dessins permettent d’appréhender l’évolution du travail jusqu’à l’œuvre achevée.

Les paysages que peint Lucie Cousturier sont aussi des lieux qu’elle connait bien : les toits de Paris et le Bois de Boulogne, quelques marines en Bretagne, et desLucie Cousturier  paysages architecturés, comme à Diénay en Bourgogne. Chez elle, sur la Côte d’Azur, ses paysages de prédilections demeurent les jardins les champs et les maisons, bien plus que le bord de mer.

Elle peint des tableaux clairs, francs et harmonieux dont Félix Fénéon écrivit qu’ils étaient « d’une saveur aiguë où jouaient les seules teintes du prisme dans un subtil lacis d’arabesques. C’étaient aussi d’élégantes, prestes et elliptiques aquarelles. »

Lucie Cousturier Et justement, la dernière section, consacrée à l’Afrique, marque une rupture dans l’œuvre de l’artiste. Lorsque les tirailleurs sénégalais arrivent près de sa maison à Fréjus, la découverte de ces étrangers devient sa priorité et elle abandonne la peinture à l’huile au bénéfice de l’aquarelle qui, à l’instar de l’écriture, lui permet d’apporter un témoignage plus spontané. Néanmoins, à Fréjus comme en Afrique par la suite, elle conserve ce regard de peintre qui lui fait si bien distinguer et utiliser les couleurs, en particulier les plus vives.

Si cette exposition n’est pas exhaustive en raison de la difficulté à rassembler des œuvres essentiellement conservées chez des personnes privées, elle permet néanmoins de montrer les différents styles que l’artiste a embrassés dans sa carrière et elle reste proche du ration de la production de l’artiste.

« Elle a découvert, elle a pénétré, elle a révélé tout un continent : l’Afrique.
Les gens qui s’étonneraient de cette  affirmation et qui ne sont point encore sensibles
à cette découverte sont ceux-là mêmes qui confondent
les découvertes de Newton et les inventions d’Edison  »

 Léon Werth, romancier et critique d’art, 1925

L'hôpital de Vernon, de Saint-Louis à l'IRM [Archives]

Paul Faugas, photographies de l’Eure au temps de l’impressionnisme

Paul Faugas photographies de l’Eure au temps de l’impressionnisme 7 avril - 3 juin 2018 Musée de Vernon

7 avril – 3 juin 2018

Une collaboration entre deux musées de l’Eure, pour faire découvrir le patrimoine de ce territoire :

La sélection de photographies de Paul Faugas (1840 – 1905) présentées au musée de Vernon permet de découvrir la diversité des paysages de l’Eure à la toute fin du XIXe siècle et de comprendre en quoi ces derniers ont été particulièrement recherchés par les peintres de paysages de plein air.

Cet ensemble de cinquante-cinq tirages photographiques est issu du fonds remarquable conservé par le musée de Louviers qui compte plus de 5000 négatifs sur plaque de verre, réalisés par Paul Faugas.

Les musées de Vernon et de Louviers ont décidé de s’associer, à l’occasion de cette exposition, afin de proposer aux visiteurs de (re)découvrir une partie de cette collection, qui n’avait pas été exposé depuis près de 20 ans, et de montrer toute la beauté de ce territoire pittoresque.

Paul Faugas, peintre et photographe amateur

FaugasPaul Faugas pratiquait la photographie en amateur. Né en 1840, il a passé son enfance près de Troyes, dans une famille aisée. Les donations consenties par ses parents au musée de Troyes témoignent d’un intérêt prononcé pour l’art. Désireux de se former à la peinture, il devient l’élève d’Auguste Anastasi (1820 – 1889), peintre de l’Ecole de Barbizon. En 1871, Faugas arrive à Louviers où il est nommé vérificateur à l’Enregistrement des hypothèques. Il y termine sa carrière comme Conservateur des Hypothèques, poste qu’il occupe à partir de 1893. Il participe activement à la vie culturelle locale, présente ses toiles et aquarelles dans les expositions artistiques (1903, Exposition des Beaux-Arts d’Evreux) et participe à des concours de photographie (Concours du Louvre en 1898).

L’ensemble de cette production constitue une chronique des excursions artistiques de Faugas durant son temps libre.

Au-delà de leur valeur documentaire et patrimoniale, ces clichés interrogent le rapport existant entre la peinture et la photographie. Paul Faugas pratique ces deux disciplines dans le même temps. Le motif de certaines œuvres peintes ou aquarellées, présentées dans cette exposition, font directement écho à ses œuvres photographiées. Contrairement à ses photographies, ses peintures ne témoignent d’aucune influence impressionniste. Il travaille dans la lignée de l’Ecole de Barbizon, accordant une grande attention aux détails réalistes et pittoresques. Il ne cherche pas à restituer la fugacité des éléments atmosphériques. Ses compositions, soigneusement travaillées, mettent en valeur l’intemporalité des paysages.

Paul Faugas Photographies de l’Eure au temps de l’impressionnisme 7 avril – 3 juin 2018

Ses tirages photographiques ne cherchent pas à imiter la peinture : la netteté des prises de vue reste primordiale. L’aspect mécanique du procédé et sa reproductibilité sont parfaitement assumés par Faugas. Les plaques de verre, conservées dans leur état original, n’ont jamais été retouchées par l’artiste, comme pouvaient le faire, par exemple, les photographes pictorialistes. En revanche, plusieurs courants picturaux de la seconde moitié du XIXe siècle traversent sa production photographique, tant par les motifs choisis que par les formes exprimées. Certaines scènes de campagne, notamment, font directement écho aux motifs de l’Ecole de Barbizon. D’autres apparaissent comme des références appuyées aux œuvres fameuses comme Les Glaneuses ou Le Semeur de Millet. Les paysages des bords de Seine, animés par les fumées des remorqueurs ou des locomotives passant au loin, les inondations ou les scènes de canotage évoquent irrésistiblement les œuvres impressionnistes. Les scènes de la vie quotidienne représentant le labeur des gens modestes comme les scènes de marché, de récolte, ou de pêche, ne sont considérées que comme des sujets pittoresques : l’artiste ne dénonce pas les difficiles conditions de vie ou de travail. Il chronique, simplement, la vie euroise qu’il observe autour de lui.

Paul Faugas Photographies de l’Eure au temps de l’impressionnisme 7 avril – 3 juin 2018

Le Musée de Louviers

Créé officiellement en 1872, le musée de Louviers est installé depuis 1888 dans le bâtiment actuel, place Ernest Thorel, grâce à la générosité d’Edouard Lanon qui, en 1881, finança sa construction afin d’y présenter sa collection léguée à la ville.

Le fonds de collection du musée a été ainsi constitué d’achats et de nombreux dons et legs (legs Vignon et Lalun, donation Roussel…) comprenant archéologie, peintures, mobiliers et faïences de la Renaissance au XIXe siècle, arts décoratifs.

Le musée de Louviers expose régulièrement ses collections, riches notamment en faïence, peinture, photographie, en alternance avec des expositions sur le patrimoine, l’histoire locale et l’art contemporain.

Seine de Loisirs [Archives]

en bref...

Musée de Vernon
12, rue du pont
musee@vernon27.fr

Jours et heures d’ouverture :
16 mars  – 15 novembre : ouvert tous les jours de 10h à 18h.
16 novembre – 15 mars : ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 12h30 et de 14h à 17h.

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